Troubles psychiques ou péchés

Enregistrement de l’émission de Pascal Parinet, Gestalt-thérapeute et psychanalyste 75008. Dans cet enregistrement nous donnons des exemples  que nous ne reprenons pas dans le résumé faute de place.

Péché ou trouble psychique

Nous allons parler aujourd’hui d’un sujet complexe qui concerne deux paradigmes ou visions du monde différentes: les troubles psychologiques et les péchés. Nous sommes là sur deux registres différents: les troubles psychologiques et le péché spirituel, qu’il convient de discerner et de bien comprendre.

Le péché

La notion de péché s’enracine dans la Genèse avec le péché originel lorsqu’Adam et Eve se sont détournés de Dieu. Selon les Pères du désert, leurs vertus se sont étiolées; Nous voyons qu’avec la notion de péché intervient celle des vertus et des passions. D’une certaine façon le péché constitue la conséquence d’un déséquilibre entre passions et vertus. L’homme se détourne des vertus ce qui a pour conséquence l’apparition des passions dans leur forme négative. Toujours d’après les Pères du désert, le péché constitue la conséquence d’un mauvais usage du libre arbitre

Pour qu’il y ait péché, il faut donc que la personne soit consciente du mal, mais aussi qu’elle puisse choisir et faire usage de son libre arbitre. Il convient d’évaluer à chaque fois le degré de libre arbitre et de conscience de l’individu. Nous verrons par la suite combien cela est important lorsqu’on veut discerner ce qui relèverait d’un trouble psychologique ou du péché.

Qu’en est-il en psychothérapie?

Dans le cadre de la psychothérapie, nous ne nous occupons pas du péché qui concerne la vision morale. En psychothérapie, il n’y a pas de jugement moral. On ne parle pas du bien et du mal, mais du bon et du mauvais. Est ce que c’est bon pour la personne et son environnement ou est ce que cela mène à de la souffrance, à des impasses, des échecs ou de répétitions. Nous voyons que nous sommes sur deux registres différents.
Le but de la psychothérapie est d’aider la personne à prendre conscience:de son mode de fonctionnement (comment cela se passe) et de ce qui motive ses choix que ce soit au niveau conscient ou inconscient. Il s’agit d’aider la personne à devenir de plus en plus consciente d’elle même pour qu’elle puisse retrouver sa liberté de choix et ne dépende plus (ou moins) de mécanismes inconscients. L’objectif étant que la personne soit libre et responsable de sa vie, tout en prenant les autres en considération.

Parfois, il sera nécessaire de desserrer le carcan moral lorsque celui-ci est tyrannique comme par exemple dans les scrupules. A l’inverse, il arrive qu’il soit utile de redonner un cadre à la personne pour l’aider à gérer sa vie, non pas dans un objectif moral mais dans le but d’un fonctionnement sain.
La psychothérapie vise à un fonctionnement sain et fluide de l’individu que ce soit entre les différentes dimensions de son être ou dans les relations avec l’environnement.

Péchés et troubles psychiques

Pour beaucoup de chrétiens, il est souvent difficile de discerner entre un trouble psychique ou un péché. Ils auront peut être tendance à ne voir que le péché ou à le voir comme premier et à ne pas prendre en compte l’aspect psychologique.
Depuis Freud, avec la connaissance de l’inconscient et du fonctionnement du psychisme, nous savons combien parfois nos actes peuvent être influencés par des aspects inconscients et combien notre liberté de choix peut sembler limitée. A cela s’ajoute des aspects de circonstances liés à l’environnement qui peuvent plus ou moins contraindre l’individu. Il sera donc nécessaire d’évaluer à chaque fois quel est le degré de libre arbitre pour vérifier s’il s’agit d’une difficulté psychologique ou d’un péché. Souvent la réalité est plus complexe et un mélange des deux.

Il se pose donc la question du libre arbitre. Mais lorsqu’une personne est sous l’emprise de pensées obsessionnelles ou encore d’une pulsion qu’elle est son libre arbitre? Dans beaucoup de troubles psychiques, il n’y a pas de possibilité de choix, la personne subit ce qui agit en elle et n’arrive pas à le gérer.

Après, il se pose la question de la conscience. Bien souvent la personne a conscience du trouble psychique qu’elle subit et en souffre. D’autre fois la conscience est altérée par les fantasmes et l’individu est dans un état modifié de conscience, un peu comme une personne qui aurait trop bu. Mais il convient de réaliser que la conscience n’est pas la même chose que la conscience morale.

La question de la conscience morale est importante car c’est elle qui va définir si la personne est en état de péché. Avait elle conscience de faire mal? Pour prendre un exemple un bébé qui pousse une colère est il en état de péché, bien sur que non puisqu’il n’a pas la conscience du bien et du mal. D’ailleurs le péché originel est associé à la connaissance du bien et du mal.
De la même façon une personne en délire est souvent jugée irresponsable de ses actes par la justice car elle est coupée de la réalité ce qui n’empêche pas de suivre des soins psychiatriques jusqu’à ce qu’une évaluation élimine les risques de dangerosité.

Il y a eu récemment sur les réseaux sociaux une polémique autour de la pédophilie. Des chrétiens voulaient qu’il soit dit que c’était un péché. La pédophilie constitue un acte grave et très lourd de conséquences pour les victimes. Mon propos n’est pas d’en analyser les tenants et les aboutissants, mais de noter des aspects en lien avec notre sujet.

Dans certains cas le pédophile a conscience de faire mal, mais est sous la dépendance d’une pulsion et souvent dans un état modifié de conscience, sous l’emprise de ses fantasmes. Mais il arrive dans d’autres cas qu’il n’ait même pas conscience du mal et ne ressente aucune culpabilité. Toute conscience morale est absente. Heureusement la loi est là rappeler la gravité des faits et aujourd’hui elle prévoit une obligation de soins.

Se poser la question du péché est secondaire dans ce cadre, il est évidement que c’est une pathologie psychique grave. Ce qui est indispensable c’est d’obliger le pédophile à se soigner, lui interdire tout « travail » en lien avec des enfants et de veiller à ce qu’il ne puisse pas s’en approcher sans la présence d’un adulte (il serait illusoire de croire qu’il puisse ne jamais croiser d’enfants).
Le pédophile a besoin de se soigner et il faudra d’ailleurs souvent une longue psychothérapie pour qu’il acquière un minimum de conscience morale afin de pouvoir refréner les pulsions et bien souvent ce sera plus une psychothérapie axée sur la modification des fantasmes que sur l’établissement d’une conscience morale qui le permettra. Bien évidement, il faut également proposer aux victimes une aide thérapeutique. Enfin, la justice permettra d’une part de reconnaitre aux victimes leur statut et d’établir la culpabilité du pédophile, ce qui est très important pour leur « réparation».

En conclusion, d’une façon générale, le discernement entre trouble psychique et péché doit prendre en compte la liberté de la personne face à un comportement, sa possibilité de choisir,  la présence d’un sentiment de culpabilité et d’une conscience morale. Pour beaucoup de troubles, il est nécessaire de penser d’abord dans le registre psychique  et non pas de la spiritualité ou du péché, car sinon il y a un risque de passer à coté de la nécessité de soins pour la personne et, pour certaines pathologies, aux éventuelles victimes.

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